Le droit le plus fréquemment exercé au titre du RGPD est le droit d’accès à ses données à caractère personnel traitées par des entreprises. En effet, il s’agit souvent d’une condition préalable pour savoir s’il existe des données à caractère personnel inexactes ou illicites qui doivent être rectifiées ou effacées. Cependant, une nouvelle analyse de noyb révèle que seules 16,5 % de toutes les demandes d'accès que noyb a adressées aux entreprises au cours des huit dernières années ont reçu une réponse satisfaisante, tandis que 53,7 % des réponses étaient incomplètes – et près de 30 % sont restées sans réponse. En d’autres termes : alors que les entreprises font pression sur Bruxelles pour limiter le droit d’accès des citoyens en invoquant un prétendu « abus », le véritable problème réside dans le non-respect de la réglementation par ces mêmes entreprises.
Ce ne sont pas les personnes concernées qui commettent des « abus », mais les entreprises. Suite à d’intenses pressionsexercées par les groupes de pression (notamment par l’industrie allemande), la proposition « Digital Omnibus » de la Commission européenne fait valoir la nécessité de restreindre les droits des personnes concernées en vertu du RGPD. Les modifications proposées prévoient notamment une limitation du droit d’accès (conformément à article 12, paragraphe 5, et 15 du RGPD) aux « à des fins de protection des données », ce qui est justifié par un « abus » prétendument généralisé de ce droit. Cela signifie, par exemple, que si un salarié utilise une demande d’accès dans le cadre d’un conflit du travail portant sur des heures non rémunérées – par exemple, pour obtenir un relevé des heures qu’il a travaillées –, l’employeur pourrait la rejeter en la qualifiant d’« abusive ». Dans la pratique, cela limiterait considérablement les droits dont disposent les Européens face aux entreprises.
Max Schrems : «La Commission européenne s’est laissée convaincre par un discours de lobbying largement galvaudé selon lequel le droit d’accès ferait l’objet d’« abus » constants, alors qu’en réalité, ce sont principalement les entreprises qui enfreignent ces lois. »
Données concrètes : 83,5 % des demandes d’accès ne reçoivent pas de réponse adéquate. Dans la pratique, cependant, le principal problème concernant le droit d’accès ne réside pas dans les plaintes « abusives », mais dans le nombre considérable de demandes qui ne reçoivent pas de réponse adéquate. Cela explique également pourquoi un nombre important de plaintes déposées auprès des autorités concerne l’absence de réponse complète aux demandes d’accès. Pour mieux comprendre comment les entreprises gèrent le droit d’accès, noyb a analysé 121 demandes d’accès déposées à l’encontre de noyb depuis 2018*. Les résultats sont sans appel : seules 16,5 % de ces demandes ont reçu une réponse satisfaisante, tandis que 53,7 % étaient incomplètes – et près de 30 % n’ont reçu aucune réponse. Au total, 83,5 % des demandes n’ont pas reçu de réponse conforme à la loi.
Les géants de la tech collectent vos données, mais ne veulent pas vous en donner l'accès. Il est à noter qu'une grande partie des demandes d'accès analysées ont été adressées à des géants de la tech, qui disposent généralement d'outils automatisés pour traiter ces demandes. Néanmoins, la plupart d'entre elles ont reçu une réponse incomplète, voire aucune réponse. Nous constatons ce problème chez tous les cas traités par noyb – et les résultats seraient probablement pires pour les personnes concernées qui ne disposent pas d’une représentation juridique ou des ressources nécessaires pour envoyer plusieurs demandes de relance. Nos dossiers contre TikTok, AliExpress et WeChat en sont un parfait exemple : malgré de multiples demandes de suivi suite à une réponse incomplète à une demande d’accès, les entreprises n’ont toujours pas donné suite à la demande initiale. Cela a empêché les plaignants de vérifier si leurs données avaient été traitées conformément au RGPD. Un autre bon exemple est notre affaire contre le courtier publicitaire Xandr (une filiale de Microsoft), qui a affiché un taux de réponse stupéfiant de 0 % aux demandes d’accès et de suppression en 2022.
Les demandes d’accès ne constituent pas une charge de travail significative. Parallèlement, une rapport récemment publié enquête a a clairement montré que la majorité (plus de 70 %) des délégués à la protection des données (DPO) travaillant dans des entreprises estiment que les droits des personnes concernées – et le droit d’accès en particulier – ne génèrent pas de charge de travail significative, tout en constituant un outil utile pour protéger les droits des personnes.
Rien n'est définitif. Heureusement, les propositions de la Commission visant à modifier le RGPD ne sont que cela : des propositions. Le « Digital Omnibus » fait actuellement l'objet de discussions au Parlement européen et au Conseil, et a déjà rencontré une forte opposition. noyb œuvre sans relâche pour préserver et renforcer les droits des personnes concernées. Après tout, cette analyse montre clairement que l’application (et le respect) du droit d’accès par les autorités laisse déjà à désirer. Une restriction supplémentaire porterait préjudice à des millions de personnes en Europe.
*Remarque sur la méthodologie : nous avons analysé toutes les demandes d’accès déposées dans le cadre des dossiers traités par noyb depuis 2018. Nous avons ensuite veillé à ne retenir qu’un maximum de deux demandes par entreprise afin de ne pas fausser les résultats. Il nous restait ainsi 121 demandes d’accès.