Il y a plus de trois ans, noyb a déposé des plaintes contre plusieurs partis politiques allemands pour utilisation illégale du microciblage politique lors des élections fédérales de 2021. Aujourd’hui, l’Autorité berlinoise de protection des données a enfin rendu ses décisions concernant les sociaux-démocrates (SPD), les Verts, Die Linke et la CDU. Conclusion : tous ont recouru illégalement au microciblage. La plainte contre l’AfD est toujours en cours d’examen, car le parti a tenté de contester devant les tribunaux les pouvoirs d’enquête de l’Autorité berlinoise de protection des données.
- Enquête originale de ZDF Magazin Royale
- Reportage télévisé original (sur YouTube)
- Plaintes originales déposées par noyb
- Extraits des décisions de l'Autorité de protection des données de Berlin (DE)
Le microciblage politique est illégal. Dans ses nouvelles décisions, l’Autorité de protection des données de Berlin a sanctionné plusieurs grands partis politiques allemands (CDU, SPD, Bündnis 90/Die Grünen, DIE LINKE) pour avoir utilisé des intérêts politiques sensibles afin de cibler les internautes avec des publicités politiques personnalisées. Ce « microciblage » n’est possible que parce que les plateformes en ligne créent des profils d’utilisateurs détaillés, comprenant leurs centres d’intérêt, leurs habitudes, leurs interactions et d’autres informations. Ces détails peuvent être utilisés pour manipuler les utilisateurs dans le cadre du processus électoral. Le microciblage constitue donc une menace pour les élections démocratiques.
Selon l’autorité berlinoise, il n’existait aucune base légale (telle que le consentement) permettant de cibler les utilisateurs à des fins publicitaires en fonction de leurs intérêts politiques personnels. L’autorité a conclu que le traitement des données à caractère personnel par les partis politiques susmentionnés était illégal.
Felix Mikolasch, avocat spécialisé dans la protection des données chez noyb, a déclaré : « Nous saluons la décision de l’autorité berlinoise de protection des données. Le microciblage constitue une menace pour la démocratie ; ces décisions garantissent donc des conditions équitables pour les partis politiques. Il est toutefois regrettable qu’il ait fallu plus de trois ans à l’autorité pour rendre cette décision. Après tout, une autre élection fédérale a eu lieu entre-temps. »
L’AfD a contesté la décision de l’autorité berlinoise de protection des données. La plainte contre l’AfD est actuellement toujours en instance auprès de l’autorité berlinoise. Bien que l’AfD se soit également livrée au microciblage politique, elle a contesté (sans succès jusqu’à présent) devant les tribunaux les pouvoirs d’enquête de l’autorité berlinoise de protection des données. Le tribunal administratif de Berlin a conclu que l’ l’AfD est tenue de fournir à l’autorité les informations demandées. Bien que l’autorité n’ait pas encore clos cette affaire, sa décision de juger illégal le microciblage politique envoie un message fort à tous les acteurs politiques en Allemagne et au-delà.
Max Schrems, président d’honneur de noyb, a déclaré : « Ces affaires concernent peut-être davantage le respect des règles à l’avenir que les amendes. Même s’il est regrettable que l’autorité berlinoise n’ait pas directement interdit le microciblage, nous espérons qu’elle prendra rapidement des mesures coercitives si les partis politiques continuent de recourir à de telles pratiques. »
Contexte. En 2021, l’émission « ZDF Magazin Royale » avait révélé que tous les partis représentés au Bundestag allemand recouraient au microciblage politique sur Facebook pour diffuser des publicités auprès de groupes ciblés. L’émission de fin de soirée allemande avait alors demandé à ses téléspectateurs d’installer une extension de navigateur permettant d’enregistrer les données de microciblage, ce qui a permis à à noyb d’analyser et d’identifier des violations spécifiques du RGPD concernant des personnes bien précises.